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dimanche 12 novembre 2017

Grâce et dénuement • Alice Ferney

Chronique littéraire Grâce et dénuement par Mally's Books
Certains plaisirs sont parfois inexplicables. De mon enfance, j’en garde un particulièrement fort. Ce moment où je referme un livre, tout juste terminé et m’empresse de fouiller dans la bibliothèque familiale, en quête d’un nouvel ouvrage à me mettre sous la main. Je me souviens de ce parcours, toujours le même. D’abord remettre le livre achevé à sa place, ensuite revenir au bout de l’étagère et parcourir les couvertures, les unes après les autres, toutes rangées par auteurs dans l’ordre alphabétique -oui, dès toute petite, j’avais déjà un côté psychorigide avec les livres- jusqu’à trouver l’élu. Vous n’imaginez pas l’excitation que revêtait ce moment pour l’enfant unique et solitaire que j’étais. A chaque fois, je me sentais comme Indiana Jones ! 

Et puis le temps est passé par là, et finalement, la quête du “prochain livre” est devenu un rituel plus banal. Avec l’arrivée du rythme blog, j’ai anticipé les choses et la surprise s’est un peu atténuée. Jusqu’à ce jour de fin octobre où j’ai retrouvé mes 12 ans. Face à face à table avec Papa et Maman, puis seule dans ma chambre enveloppée par le silence, les livres et seulement troublée par le ronron apaisant de mon vieux Labrador. Tout cela va vous sembler bien cliché, mais ce cadre reste pour moi l’un des plus sécurisants. Ayant fini mon livre en cours, j’ai fureté du côté de la bibliothèque, comme à l’époque. J’ai d’abord eu du mal à trouver un texte que je n’avais pas encore lu. J’ai sélectionné quelques classiques au passage et puis je suis tombée sur ce tout petit objet à la couverture couleur sépia. Grâce et dénuement, d’Alice Ferney. Et là encore, les souvenirs sont revenus…. 

J’ai 13 ans, peut-être 14. Le temps est froid, humide et nous roulons depuis déjà un bon moment. Dans le véhicule d’entreprise au tableau de bord couvert de poussière, sac de ciment à l’arrière, mon père répond à mon mutisme par un “T’es stressée ?” amusé ? Le suis-je ? Oui, probablement un peu car nous nous rendons à une remise de prix. Une fois encore, j’ai participé à un concours d’écriture organisé par mon collège. Oui, j’ai la boule au ventre car l’écriture me tient à coeur et cette nomination m’inquiète. Quel prix vais-je donc avoir ? Non, je ne me réjouis pas d’avoir seulement été sélectionnée. Je veux le meilleur ! Pour moi, mais aussi pour eux. J’ai peur de les décevoir. Les enfants montent sur l’estrade et le verdict tombe “Prix de participation”. Autant le dire : “lot de consolation”. Le prix : Grâce et dénuement. Après ça, je n’ai plus jamais écrit. J’ai posé le livre, sans même m’intéresser à la quatrième de couverture. J’ai rangé mes mes cahiers, mes espoirs, mes idées et je me suis concentrée sur la réalité. 

Alors retrouver ce livre, plus de 10 ans après m’a fait un choc. Je me suis sentie bête d’avoir succombé à la peur de l’échec et j’ai accueilli ce récit comme un pansement sur mes écorchures passées. J’en ai aimé la poésie, le rythme et l’indulgence. Une découverte forte et une belle conclusion. 

La quatrième de couverture… 


Dans un décor de banlieue, une libraire est saisie d’un désir presque fou : celui d’initier à la lecture des enfants gitans privés de scolarité. Elle se heurte d’abord à la méfiance, à la raillerie et au mépris qu’inspirent les gadjé. Mais elle finit par amadouer les petits illettrés, en même temps qu’elle entrevoit le destin d’une famille sur laquelle règne une veuve mère de cinq fils. 


Mon avis… 


En dehors du souvenir personnel qu’il m’inspire, ce livre aurait pu me laisser indifférente. Et pourtant ces 188 pages sont d’une force rare. Au delà des clichés, du malaise voire de la peur qu’ils inspirent, qui n’a jamais été fasciné par la “liberté” sauvage dont jouissent les Gitans. Je mets des guillemets au mot liberté car malgré toute la poésie des mots d’Alice Ferney, le roman nous met face à une triste réalité. Le froid, la faim, la pauvreté, la misère… 

A travers le personnage d’Esther, l’auteure décrit la rencontre entre une Gadgé (non-gitane) et une famille tzigane installée sans autorisation sur un terrain abandonné. Animée par son amour des livres et des enfants, cette étrangère s'immisce peu à peu dans leur quotidien. D'abord au fil d’une cohabitation distante et curieuse chaque mercredi ; puis à force de respect et de retenue, en tant que véritable confidente. 

Bien sûr les temps sont durs, mais on découvre une philosophie d’une rare contenance. Le livre porte si bien son titre. Grâce et dénuement, car oui, les Gitans n’ont rien à perdre. Ils s’affranchissent des lois et des convenances pour survivre, se réjouissent des naissances comme on célèbre une victoire et prennent leur force dans l’union familiale. 

Dans ce troisième roman, récompensé par le prix "Culture et bibliothèques pour tous", Alice Ferney livre une douce balade universelle, triste de souffrances mais riche de croyances, honneur et de fierté. On en ressort étrangement apaisés, comme si la fatalité n’était qu’une mince affaire. 

Pour résumer… 


Loin des clichés, Grâce et dénuement s’inscrit dans une rythmique pleine d’humilité. Aux côtés d’Alice Ferney, on découvre une communauté gitane démunie de richesses mais forte des liens familiaux et de leur fierté. J’en ai aimé la poésie et l’indulgence. Une découverte émouvante et prenante. 

Ma note… 


15/20

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