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mardi 7 mars 2017

Les mille talents d'Eurídice Gusmão • Martha Batalha

Chronique littéraire Les Mille Talents d'Eurídice Gusmão par Mally's Books
Il était attendu avec ferveur et a fait des ravages auprès des blogueurs littéraires !

Publié début janvier, Les mille talents d’Eurídice Gusmão est l’un des romans phares de la Rentrée Littéraire de début d’année. Grâce aux Editions Denoël, j’ai eu la chance de découvrir ce premier roman de la brésilienne Martha Batalha, qui avait déjà démontré ses talents de conteuses en officiant comme journaliste et comme éditrice. Une auteure à l’image de son héroïne, dotée de multiples aptitudes.

Les mille talents d’Eurídice Gusmão est un livre vivant et coloré. Somme toute, un texte qui cache bien son jeu.

La quatrième de couverture…


L’histoire d’Eurídice Gusmão, ça pourrait être la vôtre, ou la mienne. Celle de toutes les femmes à qui on explique qu’elles ne doivent pas trop penser. Et qui choisissent de faire autrement…

« Responsable de l’augmentation de 100 % du noyau familial en moins de deux ans, Eurídice décida de se désinvestir de l’aspect physique de ses devoirs matrimoniaux. Comme il était impossible de faire entendre raison à Antenor, elle se fit comprendre par les kilos qu’elle accumula. C’est vrai, les kilos parlent, les kilos crient, et exigent – Ne me touche plus jamais. Eurídice faisait durer le café du matin jusqu’au petit déjeuner de dix heures, le déjeuner jusqu’au goûter de quatre heures, et le dîner jusqu’au souper de neuf heures. Eurídice gagna trois mentons. Constatant qu’elle avait atteint la ligne, cette ligne à partir de laquelle son mari ne s’approcherait plus d’elle, elle adopta à nouveau un rythme alimentaire sain.»

Mon avis…


Derrière son apparence d’épouse parfaite et de mère dévouée, Euridice Gusmão est une femme troublée. Pourtant débordante de bonnes intentions, notre carioca a bien du mal à s’épanouir dans son carcan familial. Tant que les petites habitudes de son mari Antenor seront respectées, tant que ses enfants auront besoin d’elle, tout ira bien. Mais après ? Face à la bibliothèque du salon, son esprit se perd, les idées affluent. Les traditions, très peu pour elle ! Euridice n’est pas une femme modèle, c’est une entrepreneuse !

Habitée par la fervente envie d’être plus qu’un simple pantin décoratif, Euridice entreprend. Elle se débrouille en cuisine ? Et si elle écrivait un livre de recettes. Impensable s’écrit le mari ! Qui donc lirait les élucubrations culinaires d’une femme au foyer ?! Antenor est un homme du monde qui voit bien plus loin que la porte de l’appartement. Il sait bien sûr ce qui est bon pour elle. Et le carnet de recettes finira bien caché au font de la bibliothèque du salon.
Les années passent, mais l’insatiable appétit d’Euridice pour la vie ne s’atténue pas. La jeune femme a d’ailleurs l’incroyable capacité de transformer toute nouvelle « passion » en entreprise florissante. Il lui faut un nouveau projet ! Et si elle cousait ? Dès lors sa seconde vie invisible se met en place : épouse modèle à l’heure des repas, patronne féroce durant la journée. A l’insu de son mari, la petite entreprise de couture prospère et s’étend bien au-delà des frontières du quartier. Euridice devient quelqu’un ! Enfin jusqu’à ce qu’un virus malotru viennent mettre fin à la petite fanfaronnade. Notre héroïne se retrouve face à la bibliothèque du salon, face à elle-même…

En parallèle, se dévoile la personnalité de la jeune Euridice. On découvre une petite fille brillante et enthousiaste, mais qui perdra peu à peu toute confiance en elle. Des parents émigrés portugais conservateurs, une vocation avortée puis une sœur disparue, il n’est faut pas plus pour que s’installe un petit que « Quelque Chose en Eurídice Qui Ne Voulait pas Qu'Eurídice Soit Eurídice ». Un sentiment lourd de conséquences qu’ont appelle communément le poids des conventions. Car dans les années 50, au Brésil comme ailleurs, une petite fille qui participe en classe est une effrontée, une adolescente qui excelle dans un domaine est une âme perdue, une femme qui s’intéresse à autre chose qu’à son foyer est déshonorante.

A travers l’écriture vive et colorée de Martha Batalha, on perçoit toute l’ironie d’un mode de vie qui ne laisse que peu de places aux ambitions féminines. Euridice est une femme intelligente qui s’ennuie dans son quotidien, mais toutes ses tentatives de donner un sens à sa vie sont perçues comme une énième lubie. Subtilement, l’auteure nous rappelle que le bonheur de chacun d’entre nous passe par la réalisation de soi, et pour cela il faut parfois accepter de s’affranchir des normes sociales.

Pour résumer…


Les mille talents d’Eurídice Gusmão est un livre fantasque qui prêche pour l’émancipation de la femme. Un roman atypique qui nous épargne les clichés habituels sur le féminisme mais nous aiguille malgré tout sur l’emprise psychologique qu’ont pu subir les petites filles des années 40-50. Un désir d’indépendance associé à la bonne humeur brésilienne : un cocktail vitaminé qui vous fera passer de bonnes soirées.

Ma note…


14/20

2 commentaires:

  1. Il a l'air original ce roman, quelle drôle d'histoire ! J'aime beaucoup :)

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    1. Il est effectivement très original. Ça change un peu de ce qu'on a l'habitude de lire =)

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