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vendredi 20 janvier 2017

La porte du ciel • Dominique Fortier

Chronique littéraire La porte du ciel par Mally's Books
La porte du ciel fait parti des romans que j’ai repéré à l’occasion de la Rentrée Littéraire de Janvier. Si le thème historique de l’esclavage m’avait beaucoup intéressé, j’étais -et reste encore aujourd’hui- très intriguée par cette femme en couverture. Son visage dégage une sérénité et un certain mystère qui m’a profondément marqué. Le voile n’est toujours pas levé sur l’identité de cette jeune personne, mais son regard a largement contribué peser dans la balance.

Le fait que ce troisième ouvrage de Dominique Fortier soit publié aux Editions Les Escales n’est pas non plus anodin, puisque c’est une maison d’édition que j’affectionne tout particulièrement. En dehors de leurs choix éditoriaux, tout en subtilité, j’apprécie beaucoup les échanges qu’elle instaure avec ses lecteurs. Pour résumer, recevoir ce livre fut un grand honneur et le parcourir fut un étrange voyage.



La quatrième de couverture…


« Au cœur de la Louisiane et de ses plantations de coton, deux fillettes grandissent ensemble. Tout les oppose. Eleanor est blanche, fille de médecin ; Eve est mulâtre, fille d'esclave. Elles sont l'ombre l'une de l'autre, soumises à un destin qu'aucune des deux n'a choisi. Dans leur vie, il y aura des murmures, des désirs interdits, des chemins de traverse. Tout près, surtout, il y aura la clameur d'une guerre où des hommes affrontent leurs frères sous deux bannières étoilées. Plus loin, dans l'Alabama, des femmes passent leur vie à coudre. Elles assemblent des bouts de tissu, Pénélopes modernes qui attendent le retour des maris, des pères, des fils partis combattre. Leurs courtepointes sont à l'image des Etats-Unis : un ensemble de morceaux tenus par un fil – celui de la couture, celui de l'écriture. »

Mon avis…


S’approprier les mots de Dominique Fortier n’a pas été chose facile. Et pour cause, la construction narrative de La porte du ciel est surprenante. A la lecture des premières pages, on s’attend à découvrir le portrait de deux amies aux bagages bien différents. L’une blanche et fille de médecin, l’autre noire et fille d’esclave. Deux destins qu’on devine s’entremêler alors que gronde la guerre civile et que le centre du débat semble plus que jamais les séparer. Pourtant, ce n’est pas à une histoire d’amitié indéfectible que nous aurons affaire, mais à une sorte de chronique sociale de l’Amérique du XIXème siècle.

Certes, nous suivons l’histoire d’Eve et d’Eleanor, mais entrecoupée de bribes de vies complètement étrangères à l’intrigue. Au fin fond de l’Alabama, on découvre des couturières qui s’adonnent à l’art de la courtepointe, dans une Amérique plus contemporaine, on vit les derniers instants d’un condamné à mort, et comme dans un livre d’Histoire, l’auteure nous révèle les grands enjeux de la Guerre de Sécession. On alterne entre le romancé et le didactique, entre histoires particulières et Histoire avec un grand H.

Avec une écriture métaphorique et pleine de mystère, Dominique Fortier chamboule tous nos repères. Tout au long de son texte, elle joue avec la symbolique. Celle de la liberté tout d’abord, qu’elle évoque avec une retenue presque pudique. Par petites touches, elle définit les contours de cette indépendance tant espérée et à la fois tellement relative. En toile de fond, se dessine bien évidemment l’émergence d’un rapport de force autour des droits de l’homme. A travers différentes situations, l’auteure laisse entrevoir l’évolution de la ségrégation, tout d’abord raciale, qui se mue peu à peu en ségrégation sociale. Mais son ton est étrangement neutre, comme figé par le poids de la destinée. Révoltes et prises de positions sont finalement absentes, comme pour laisser planer un flou gaussien sur ces questions universelles. Et pourtant entre les lignes s’esquisse un soupçon de réponse. L’idée de la construction et de la réunion est largement développée par l’auteure, à travers les scènes de couture, mais aussi lorsqu’elle parle de cette église élevée de bric et de broc grâce à la volonté des habitants du comté. N’est-ce pas là l’allusion à une Amérique faite de communautés différentes ?

Pour résumer…


La porte du ciel est un roman atypique qui se plait à laisser planer le mystère. Entre bribes de vie et métaphores, l’auteure dépeint la construction difficile des Etats-Unis tels que nous les connaissons aujourd’hui. Sous couvert de l’esclavage, Dominique Fortier aborde des questions plus universelles mais nous laisse difficilement entrevoir son cheminement de pensée. Reste une impression d’inachevé qui nous laisse sur notre faim.

Ma note…


13/20

Citation :
« Certains jours, June ne savait plus lesquels de ses enfants
 lui avaient été enlevés par la mort et lesquels par les hommes et la guerre.
Il lui semblait qu'elle avait passé sa vie à coudre des linceuls.
Où étaient-ils donc tous, dans quel pays ou sous quelle terre ?
Etaient-ils dans les chaînes, ou étaient-ce des hommes libres ?
Cela était-il si différent ? »

2 commentaires:

  1. Réponses
    1. Je la trouve très représentative de l'esprit du livre. Ce texte est quand même un véritable mystère !

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