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mercredi 21 décembre 2016

La perle et la coquille • Nadia Hashimi

Chronique littéraire La perle et la coquille par Mally's Books
Parfois, on croise le chemin d’un livre qui nous prend aux tripes avant même d’avoir posé le regard sur sa quatrième de couverture. La perle et la coquille fait partie de ceux-là. 

Lorsque je l’ai vu en librairie, que j’ai effleuré sa couverture, j’ai su que ce livre serait déterminant dans ma vie de lectrice. Pour tout vous dire, je n’ai pas pris la peine de lire le résumé, je l’ai serré sur mon cœur et me suis dirigée vers la caisse, persuadée que de toute façon, je ne serai pas déçue. Et mon sentiment va bien au-delà de la satisfaction. Comme son nom l’indique, ce roman est une perle qui ne demande qu’à être offerte. 


La quatrième de couverture… 


Kaboul, 2007 : les Talibans font la loi dans les rues. Avec un père toxicomane et sans frère, Rahima et ses sœurs ne peuvent quitter la maison. Leur seul espoir réside dans la tradition des bacha posh, qui permettra à la jeune Rahima de se travestir jusqu'à ce qu'elle soit en âge de se marier. Elle jouit alors d'une liberté qui va la transformer à jamais, comme le fit, un siècle plus tôt, son ancêtre Shekiba. Les destinées de ces deux femmes se font écho, et permettent une exploration captivante de la condition féminine en Afghanistan. 

Mon avis… 


« Tu pourras faire des tas de choses que tes sœurs ne sont pas autorisées à faire. On changera ta garde-robe et on te donnera un nouveau prénom. Tu pourras aller à l'épicerie chaque fois qu'on aura besoin de quelque chose, aller à l'école sans avoir peur d'être embêtée par les garçons, jouer à des jeux. Qu'est-ce que tu en dis ? 
C'était le paradis, voilà ce que j'en disais ! » 

Encore aujourd’hui, dans certaines contrées, naître femme est considéré comme une malédiction, un déshonneur pour la famille. Alors quand une maison ne compte que des filles, il faut sauver les apparences. C’est là qu’intervient la tradition des basha posh. Du jour au lendemain, une petite fille deviendra petit garçon, libre de déambuler dans les rues, affranchie de toutes corvées domestiques et grisée par une autonomie jusque-là inenvisageable. Etre une basha posh, c’est toucher du doigt le privilège d’imposer et de disposer, dans un pays où les femmes n’ont pour compagnie que le mépris quotidien, la honte et la violence. 

La perle et la coquille est un texte saisissant, qui nous confronte à la réalité de la condition féminine en Afghanistan ; mais il n’est pas que cela. A travers l’histoire de Rahima et celle de son ancêtre Shekiba, on découvre aussi l’espoir. Deux femmes dont les destins s’entremêlent malgré le siècle qui les sépare ; mais surtout deux femmes, un jour transformées en bacha posh qui ont entrevu la possibilité d’un avenir meilleur. Dès lors, le désir d’émancipation se fait plus fort que le poids des conventions. 

Plus que nous sensibiliser à la dureté du quotidien des femmes Afghanes, d’ores et déjà connu de l’opinion publique, l’objectif de ce livre est davantage de plaider en faveur de l’éducation des femmes, seule échappatoire aux traditions. La présence de Khala Shaima est d’une importance cruciale dans ce récit, car en tant que garante de la transmission orale, c’est elle qui fait écho de l’histoire improbable de Shekiba auprès de l’innocence Rahima. Transmettrice de culture, elle est également bien consciente que la scolarisation de ses nièces sera le seul rempart à l’ignorance conservatrice qui confine les femmes entre les murs du domaine. C’est grâce à son audace et sa lucidité que Rahima pourra suivre un chemin différent de ses semblables. 

L’écriture de Nadia Hashimi a par ailleurs le pouvoir de nous immerger pleinement dans la culture arabe. Au gré des phrases et des situations, l’auteure dissémine des termes précis, qui nous permettent de mieux comprendre les règles et les coutumes musulmanes, qui certes dénotent face à nos pratiques occidentales, mais sont une composante essentielle d’un savoir vivre ancestral. En décortiquant cette façon de vivre, elle contribue également à déconstruire certains clichés qui voudraient qu’Islam et Islamisme soient mis dans le même panier. 

Pour résumer… 


La perle et la coquille, c’est un choc frontal entre notre réalité et celle qui existe au-delà du Golfe Persique. En conteuse des temps modernes, Nadia Hashimi nous dresse le portrait de deux femmes déterminées à se battre pour leurs droits, en dépit du poids des traditions. 

Un livre extraordinairement marquant, qu’on a du mal à lâcher. Un de ceux qui nous apprend la vie, la tolérance et qui devrait indiscutablement être mis entre toutes les mains. 

Ma note… 


18/20 

Coup de cœur ! 

Pour mieux comprendre le rôle des femmes à travers les âges : 

4 commentaires:

  1. Salut !

    J'ai aussi lu et adoré ce livre ! Ce que j'ai apprécié particulièrement, c'est le mélange entre fiction et réalité (Shekiba a t'elle vraiment existé, ou est-ce une histoire pour donner du courage en l'adaptant à celle vécue par Rahima ?), ce qui donne au livre un autre regard sur la vie en Afghanistan, mais sans être trop moralisateur à première vue.

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    1. C'est vrai qu'on est vraiment entre deux mondes. L'un romancé qui semble digne d'un conte de Grimm, et la violence du quotidien. Ce livre est tellement riche qu'il est difficile d'en balayer tous les aspects.

      J'ai également beaucoup aimé le ton de l'auteure qui raconte sans pathos, sans surjouer, mais fait passer ses messages avec une grande subtilité.

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  2. Ok. Je file l'acheter en 2 exemplaires cet après midi. Un pour moi et un comme cadeau de Noël de dernière minute ! Superbe chronique, merci !

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    1. J'espère que tu as eu autant de plaisir à l'offrir qu'à le lire ! C'est un de mes grands coup de cœur de l'année !

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