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MES DERNIÈRES CHRONIQUES

vendredi 15 janvier 2016

Au revoir là-haut • Pierre Lemaître

Chronique littéraire Au revoir là-haut par Mally's Books
Des livres qui traitent de la guerre, j'en ai lu des dizaines, mais jamais aucun ne m'a laissé un sentiment aussi troublant que celui-ci. Est-ce le fait que l'horreur de la Première Guerre mondiale laisse désormais un faible souvenir dans nos mémoires ? Presque cent ans nous éloignent de cette histoire et pourtant certaines familles en portent encore les stigmates. Est-ce le fait que le héros principal ait mon âge au moment des faits ? Je ne saurai le dire... Une chose est sûre, Au revoir là-haut m'a complètement désarçonné ! D'ailleurs j'ai mis du temps à l'écrire cette chronique, presque quinze jours, tant j'avais du mal à poser des mots sur mon ressenti. Alors je l'ai laissé mûrir tranquillement et aujourd'hui j'arrive à vous en parler.


La quatrième de couverture…


" Rescapés du premier conflit mondial, détruits par une guerre vaine et barbare, Albert et Edouard comprennent rapidement que le pays ne pourra rien faire pour eux. Car la France, qui glorifie ses morts, est impuissante à aider les survivants. Abandonnés, condamnés à l'exclusion, les deux amis refusent pourtant de céder à l'amertume ou au découragement. Défiant la société, l'Etat et la morale patriotique, ils imaginent une arnaque d'envergure nationale, d'une audace inouïe et d'un cynisme absolu. "

Mon avis…


Tout d'abord, je souhaiterais souligner la construction de cette histoire qui est d'une insolence incroyable ! Tout commence assez innocemment, au front, la guerre est à l'aube de l'armistice, mais les soldats doivent encore livrer un dernier combat. Un premier homme s'écroule, Edouard Péricourt, blessé par une balle à la jambe. Albert Maillard, son camarade s'élance à l'assaut mais ne tarde pas à tomber dans un trou d'obus et se retrouve quelques minutes plus tard enseveli sous la terre. Mourir asphyxié, voilà ce qui l'attend. Mais c'est sans compter sur la générosité d'Edouard, qui malgré sa blessure va sauver in-extremis son compagnon d'infortune, au prix d'un lourd fardeau... Un lien unique et indivisible va s'établir entre les deux soldats.

Vous l'aurez compris, toute l'intrigue se construit autour de ces deux personnages et notamment autour d'Edouard, qui défiguré par un éclat d'obus va tout faire pour disparaître. On prend la mesure de toute l'horreur de la guerre : les chairs déchiquetées, les gueules cassées et cet échange d'identité qui va permettre à Edouard de cacher ce visage qu'il ne veut pas partager. Comme si disparaître était aussi simple... Dès lors, c'est tout un enchevêtrement de liens qui relient les protagonistes les uns aux autres : Albert, le protecteur qui se rapproche dangereusement de la famille du disparu ; ce père, qui apprend à aimer son fils seulement une fois qu'il le croit mort ; cette sœur, qui exerce ses talents de manipulatrice et bien sûr le fameux lieutenant d'Aulnay-Pradelle, personnage exécrable comme on en fait plus, prêt à toutes les magouilles pour s'assurer une place en société. Tous s’entremêlent dans une captivante fatalité.

Le style d'écriture est également très particulier. A chaque chapitre, l'auteur se concentre sur un personnage, ce qui permet de faire très vite avancer le récit. Contrairement aux différents avis que j'ai pu découvrir après ma lecture, je n'ai eu l'impression de me perdre dans des longueurs inutiles. Le récit est, certes, construit avec peu de dialogues, mais cela ne fait que renforcer la dimension psychologique et morale de ce roman. L'auteur s'est vraiment concentré sur les sentiments et les préoccupations d'une génération. Le fait d'avoir adopté un point de vue omniscient est pour moi très pertinent, car non seulement l'auteur tisse un lien privilégié avec le lecteur, mais il montre également très bien le reflet d'une société meurtrie.

De manière très étrange, cette histoire m'a fait vibrer. Je me suis sentie étrangement proche d'Edouard, comme si je l'avais réellement connu. Cet artiste flamboyant mais brisé et écrasé par son histoire familiale a un côté fragile qui tranche atrocement avec l'horreur de ce qui lui arrive. A bien des égards, j'ai eu l'impression de voir passer un être quasi angélique au statut de monstre rejeté par la société. J'ai passé des nuits entières à faire des cauchemars en lisant ce livre, à me demander quelles têtes auraient mes proches s'ils avaient fait cette guerre ? Comment faire face à l'angoisse de partager sa vie avec une gueule cassée ? Et de leurs points de vue, comment assumer ce nouveau faciès ? J'ai été frappée par la dure réalité de l'après-guerre dont j'avais peu connaissance. Bien souvent, j'ai été prise de malaise. J'ai compris la rage et à la fois la peur de vivre qui habitent ces personnages. Ce sont des "délaissés", des survivants à qui on avait promis monts et merveilles qui finissent par devoir se battre pour vivre... encore. Alors comment ne pas les comprendre lorsque qu'il leur prend l'idée folle de monter une arnaque nationale, de prendre leur revanche sur la vie, sur la guerre ? Après tout pourquoi respecter le désarroi des civils, puisque les civils ne les respectent plus ?

Pour résumer…


Je dirais finalement que ce roman m'a mis une claque ! L'originalité de cette histoire m'a surprise et ça fait bien longtemps que je n'avais pas lu de si bon livre. J'ai été tout simplement submergée d'empathie mais aussi de colère. Au revoir là-haut est une remarquable galerie de portraits, renforcée par le récit d'une escroquerie aussi spectaculaire qu'amorale. L'intrigue est audacieuse, à la fois macabre et ironique mais aussi profondément juste. Il y a une véritable puissance d'évocation dans ce roman, renforcée par des faits réels qui rendent l'histoire encore plus touchante. Un morceau d'histoire corrosif qui m'a glacé le sang ! Ne passez surtout pas à côté !

Ma note…


Coup de cœur !

18/20


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