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samedi 28 novembre 2015

La plus belle histoire des femmes • F. Héritier, M. Perrot, S. Agacinsky et N. Bacharan

Chronique littéraire La plus belle histoire des femmes par Mally's Books
La plus belle histoire des femmes était une surprise et une très belle surprise ! J'ai reçu ce livre début octobre, lorsque je me suis abonnée à La Kube et la simple lecture du résumé m'avait emballé, autant vous dire que malgré les multiples ouvrages qui s’empilent dans ma P.A.L, celui-ci n'a pas dû m'attendre très longtemps ! J'attendais énormément de ce livre, non seulement parce qu'il traite d'une thématique qui m'est chère mais aussi parce que le casting d'auteures est vraiment impressionnant et m'a de suite rassuré sur la qualité de l'ouvrage. Je voulais avoir une véritable vue d'ensemble sur l'évolution de la condition féminine et je n'ai pas été déçue ; j'ai même appris bien plus que je ne l'aurais pensé...

J'ai encore une fois un peu traîné à lire ce livre... Cette fois pas par manque de temps mais plutôt parce que chaque chapitre a suscité en moi un grand besoin de réflexion, m'a encouragé à prendre du recul sur la vie et à me remettre en question. D'avance, je m'en excuse, cet article va être long. Si vous avez le courage de me suivre jusqu'au bout je vous en remercie et j'espère vous donner envie de découvrir ce livre qui, entre nous, est une perle !


La quatrième de couverture…


" Etre une femme ? Comment vivre en femme sur la planète des hommes ? A chaque époque sa réponse. Mais toujours le même présupposé : ce sexe-là est le deuxième, l'inférieur. Quatre femmes d'exception nous racontent l'histoire de la condition féminine. Celle d'un combat inouï contre un ordre - moral, social et sexuel - imposé depuis l'aube de l'humanité, d'une longue marche loin d'être achevée. "

Mon avis…



On parle de quoi ? On en parle comment ?



Cet ouvrage prend la forme d'un dialogue entre Nicole Bacharan, historienne et politologue, et Françoise Héritier, Anthropologue ; Michelle Perrot, Historienne spécialiste de l'histoire des femmes et Sylviane Agacinski, Philosophe qui se sont tour à tour interrogées sur des questions culturelles, historiques ou idéologiques. De Cro-Magnonne à nos jours, les quatre expertes nous montrent l'évolution de nos mentalités, du regard porté sur les femmes mais aussi des transformations dans leur vie quotidienne, la manière dont, selon les époques, elles ont été traitées aux différents âges de leur vie. Elles retracent également leurs combats pour s'émanciper du joug patriarcal puis marital, du carcan de la maternité et de la sexualité imposée.
Le gros plus de ce livre ? Casser les clichés et expliquer quelle est l'origine de ces constructions de pensées.


Pourquoi les femmes intériorisent-elles leur infériorité dès leur naissance ?
Pourquoi étaient-elles perçues comme une monnaie d'échange ?
Comment vivaient-elles la pression morale de mettre au monde un garçon ?
Qu'en est-il de la pratique des mutilations sexuelles comme gage de "protection" ?
Quand et comment ont-elles eu accès à l'alphabétisation ?
Pourquoi perpétuaient /perpétuent-elles l'ordre social ? La soumission ?


Autant de pratiques et bien d'autres encore qui semblent aujourd'hui effroyables mais qui étaient monnaie courante à l'époque et restent encore aujourd'hui le fardeau de nombreuses femmes.

Malgré les très nombreuses références et idées développées, le livre est très accessible et parfaitement compréhensible. La façon dont sont amenés les dialogues est sincèrement passionnante. On parle du rôle de la femme à travers le prisme de la famille, de la procréation, de la grossesse, de la vieillesse et de la religion et ces questions encore très actuelles permettent facilement de se projeter dans les situations décrites, de s'imaginer dans la peau de nos ancêtres. C'est glaçant, certes, mais pour moi essentiel pour comprendre le monde présent.


Trois thématiques ont particulièrement retenu mon attention.



Tout d'abord la partie historique décrite par Michelle Perrot. Elle y dresse un portrait très sombre, mais aussi très objectif de l'histoire de femmes et de tout ce qui a fondé les préjugés qui ont encore aujourd'hui la dent dure. Dans cette première partie, la femme n'est finalement représentée ni plus ni moins que comme un animal, une propriété dont l'homme (père, mari, frère, oncle...) dispose selon son gré. Puis, plus on avance dans le temps plus on perçoit l'importance du rôle de la femme comme gardienne et transmettrice de valeurs, d'us, de coutumes, de cultures. Médiatrice, influente auprès des hommes, elle a malgré tout un véritable rôle dans la société et tire les ficelles avec finesse.

Dans son travail de déconstruction philosophique, Sylviane Agacinski s'est quant à elle intéressée aux genres des mots et à leurs sens. Personne ne trouve curieux de constater que dans la langue française, le masculin l'emporte TOUJOURS sur le féminin et prouve à lui tout seul le titre honorifique de multiples activités et notamment des métiers. Il n'est donc pas étonnant de voir qu'il existe de nombreuses charcutières, boulangères, infirmières, secrétaires, sage-femmes... activités longtemps considérées comme peu nobles donc exercées par les femmes ; mais beaucoup moins de maires(ses), de professeur€, de ministre et autre... Ce passage m'a paru très intéressant car dans l'essence même de notre langue latine on retrouve ce phallocentrisme qui d'une certaine manière défini les mentalités de ceux et celles qui la pratiquent. Alors même que l'anglais use du neutre ou que l'allemand féminine facilement tous les termes, on note dans ces pays une propension plus forte à l'égalité des sexes. N'est-il pas étonnant de constater comme la langue nous conditionne et exprime les valeurs de notre société ? La réflexion va même beaucoup plus loin puisque Sylviane Agacinski met en avant le fait que le masculin ne se contente pas d'être au-dessus du féminin, il l'absorbe et vaut pour tout le genre humain. L'humanité a-t-elle en genre ? Pourquoi ne pas faire du gynécocentrisme ?

Qu'en est-il enfin de la question de la procréation qui est largement débattue dans ce livre. Pendant des siècles, la femme a été réduite à la maternité sans quoi on lui retirait presque toute utilité sur Terre. Le contrôle des naissances était exercé par les hommes, les femmes étaient considérées pour leurs corps et non pour leurs esprits. Dans les sociétés occidentales, tout cela a désormais changé, les femmes ont pris le contrôle sur leurs corps grâce à la contraception mais paradoxalement, la difficulté à concevoir un enfant, voire la stérilité reste encore aujourd'hui une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes. Le monde avance, la condition féminine aussi, mais il semble que les femmes elles-mêmes ont toujours du mal à faire évoluer la perception qu'elles ont de leur propre rôle. Pour bon nombre, le but ultime reste de fonder une famille, de jouir de ce privilège de donner la vie. C'est une force mais aussi une faiblesse car concilier maternité et carrière reste encore aujourd'hui difficile. En tant que femme, est-t-on alors complètement libres de nos décisions ? Le fait de continuellement choisir avec raison n'est-ce pas au détriment de nos désirs ?


Une question philosophique en entraîne bien d'autres...



Je vous l'avais dit, ce livre m'a chamboulé au point de me réfléchir très profondément à mes choix de vie passés, actuels et futurs. J'ai repensé aux idéaux que j'avais lorsque, plus jeune je me construisais en tant que femme et je me suis demandée si m'a vie actuelle correspondait à la vision que j'en avais. Me-suis-je trahie si ce n'est pas le cas ? Est-ce que je vis en accord avec moi-même ?

J'avais déjà beaucoup de questions en tête, puis j'ai vu le film Les Suffragettes (que je ne peux que conseiller d'ailleurs) et je me suis demandée si je faisais bon usage des droits pour lesquels nos ancêtres se sont battues. Cette nouvelle histoire est tombée à point et m'a donné encore plus de matière pour méditer sur ma lecture. J'ai réfléchi à ce qu'était une mère, quel genre de maman ai-je envie d'être plus tard ? Quels modèles (féminins ou masculins) vais-je transmettre à mes enfants ?

Tous ces points de questionnement sont pour moi transverses dans la vie d'une femme. Je pense que chacune d'entre nous s'interroge un jour sur le rôle qu'elle veut jouer face à celui qu'elle doit jouer ; et les réponses diffèrent en fonction des périodes de nos vies. Je vois cette lecture comme une bonne base d'apprentissage et de prise de conscience de son identité. Je suis persuadée de relire ce livre dans quelques années lorsque j'aurai évolué, acquis de l'expérience et eu à faire mes propres choix. Peut-être que je me poserai alors les mêmes questions, mais je ne suis pas pressée d'en connaître les réponses...

Pour résumer…


Il ne m'a pas été simple de trouver les mots pour vous parler de ce livre. Dès le début de ma lecture, j'ai su qu'ils seraient difficiles à formuler et encore maintenant je le confirme car TOUT dans ce bouquin est formidable. Je dirais tout simplement que cet ouvrage est indispensable à tout être humain qui désire mieux comprendre ses semblables. La plus belle histoire des femmes est tout simplement bouleversant...

Ma note…


18/20


Citation :
" Presque toujours la vie d'une femme commençait mal,
par la déception des parents et souvent la culpabilité de la mère
d'avoir mis au monde un être de second rang."

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