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MES DERNIÈRES CHRONIQUES

vendredi 9 octobre 2015

Ah ! Ça ira…




QUATRIÈME DE COUVERTURE

« Sur le bord du trottoir, dans la fraîcheur de l'aube, il attend. Dans un instant cet homme va agir sans le moindre état d'âme, et se placer en état de guerre. Deux décennies plus tard, Antoine sort de prison. Sa fille Rosa n'a pas trente ans, c'est elle qui, pour une large mesure, l'a maintenu en vie pendant tout ce temps. Nous sommes en 2037, Paris est une ville où il est impossible de se loger, la faillite sociale est infernale, la rébellion gronde, les inégalités sont innommables mais le temps de la révolte ne passe plus par la violence. Lointaines pour la génération de Rosa, ces idées de libération armée sont en quelque sorte périmées : les actions terroristes, les endoctrinements idéologiques n'ont plus de sens, plus de poids, et la démocratie telle que l'a connue l'histoire du XXe siècle a fait long feu. Une autre époque de l'engagement s'est ouverte, celle du passage à l'acte citoyen. Ah ! Ca ira... est un livre construit sur le réel mais habité de rêves comme devrait l'être tout projet d'avenir, toute utopie sincère. A cela Denis Lachaud a ajouté une pointe d'humour, un peu de fantaisie nécessaire pour considérer l'Etat et le monde qu'il nous promet... »

MON AVIS

J’aurai pu vous dire que la réflexion politique qu’amorce ce livre m’a complètement chamboulé et fait prendre conscience de ma responsabilité en tant que citoyenne. J’aurai pu vous dire que je sors de cette lecture plus ouverte sur le dialogue social et sur le monde, mais à la vérité, ce qui m’a le plus frappé dans cet ouvrage, c’est l’écho que son titre a eu sur ma vie ces derniers jours. Ah ! Ça ira… Ce soupir de lassitude et de fatigue qui nous avale tous et nous plombe de nostalgie, d’amertume et de découragement. Juste derrière lui se traine le reflet, fatigué, du combat que chaque jeune mène pour se construire un avenir prospère… Le titre a lui tout seul est tout un concept, traduit le quotidien des français.

La vision avant-gardiste de cette utopie m’avait attiré avant même que l’ouvrage n’investisse les librairies. Son ancrage dans le réel et sa capacité à imaginer une réponse aux grandes questions du moment (crise économique, affût de migrants, désengagement auprès des banlieues…) en fait un roman moderne, engagé et profondément humaniste.

Dès les premiers mots, l’intrigue démarre sur les chapeaux de roues. Comme dans un thriller on est happé par l’histoire de cet homme, Antoine  est en apparence un banal employé d’imprimerie mais  il pose un regard révolutionnaire sur le monde qui l’entoure et n’hésitera pas à assassiner le Président de la République pour faire entendre ces idées. Un homme qui parmi toutes les formes de violences possibles a décidé que la sienne serait légitime. C’est glaçant !

Puis vient la seconde phase du récit, plus calme, au court de laquelle Antoine vit ses 21 ans de réclusion. L’isolement d’abord, les travaux physiques et mentaux pour s’entretenir et survivre ; puis la promiscuité confrontée à l’impossibilité d'avoir  l'ombre d’une vie sociale, de tisser des liens avec ses codétenus, sans cesse renouvelés. Après tant d'années d'emprisonnement, que va devenir celui qui a osé rêver de changement politique ? A t-il encore des opinions sur le gouvernement ? Que pense-t-il à présent de celui qu'il était ? 
En parallèle, on découvre l'absence du père du côté de l'enfant. La maturité forcée de la petite Rosa, obligée de grandir trop vite et de s'intéresser aux choses du gouvernement pour comprendre sa propre histoire. Lors des retrouvailles, on voit s’approcher deux étrangers qui se jaugent et cherchent à s’apprivoiser alors même qu’ils ont tant en commun.

Vingt-cinq ans après la tentative avortée d’Antoine, le mouvement contestataire se perpétue. A travers les yeux de Rosa et son ami Rufus, on voit naître peu à peu une nouvelle conscience politique. Très vite, cette génération des « oubliés » organise la révolte, étaye ses revendications jusqu'à créer un nouveau parti politique. Mais dans cette société ultra technologique, où la vidéo surveillance règne en maître et les drones-snipper se baladent parmi la foule, la violence n’est plus l’arme la plus pertinente. Aidée par le pouvoir grandissant des réseaux sociaux, la mobilisation pacifique remporte quant à elle un grand succès, jusqu’à bousculer les frontières de l’inaltérable classe politique toujours plus élitiste, embourgeoisée, avide de pouvoir et affranchie des lois.

Denis Lachaud dresse un portrait cinglant de notre réalité politique et du futur qu'elle nourrit. Son écriture est franche, cynique mais profondément juste. Il n’hésite pas à écorcher encore davantage l’image du politique égocentrique, dénonce implicitement la suprématie des chaines d’informations et le traitement toujours plus extrême de l‘actualité. Sans pour autant imposer sa vision au lecteur, il l’invite à  réinventer le principe même de la démocratie et les valeurs qui l'accompagnent. Bien plus qu'un analyste, il se place en philosophe et lève le voile sur les dysfonctionnements de notre société.
Ses personnages sont extrêmement touchants, notamment du point de vue relationnel. Dans tout le roman, on sent un flux débordant d’amour et pourtant chaque personnage prend soin de conserver une distance protectrice avec ses congénères. Plus que jamais on se questionne, mais on se rappelle également que l’on vit.

Pour moi, ce livre est une réponse précieuse face à la culture du déplaisir et de l’austérité. Je ne peux que le conseiller.

MA NOTE

17/20
 

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